{"id":1218,"date":"2017-10-25T09:31:08","date_gmt":"2017-10-25T08:31:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.veroniquenguyen.com\/?p=1218"},"modified":"2018-03-07T12:38:23","modified_gmt":"2018-03-07T11:38:23","slug":"si-macron-avait-fait-un-mba","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.veroniquenguyen.com\/en\/si-macron-avait-fait-un-mba\/vero\/25\/10\/2017\/","title":{"rendered":"Si Macron avait fait un MBA"},"content":{"rendered":"<p>Trois mois apr\u00e8s avoir d\u00e9missionn\u00e9 du gouvernement en ao\u00fbt 2014, Arnaud Montebourg suivait un programme MBA court \u00e0 l\u2019INSEAD. Au-del\u00e0 de l\u2019anecdote, la formation exigeante mais souvent litt\u00e9raire, juridique ou administrative de nos gouvernants interpelle. Dans un monde de plus en plus comp\u00e9titif, technologique et financiaris\u00e9, on peut se demander si nos dirigeants disposent des bonnes grilles de lecture et s\u2019ils ne risquent pas d\u2019allonger, au d\u00e9triment de la France, leur temps d\u2019apprentissage. Imaginons que le successeur d\u2019Arnaud Montebourg au Minist\u00e8re de l\u2019Economie, Emmanuel Macron, ait lui aussi enrichi ses r\u00e9flexions en fr\u00e9quentant une <em>Business School<\/em>. Il aurait vraisemblablement constat\u00e9 des analogies entre les probl\u00e9matiques des chefs d\u2019Etat et celles des dirigeants d\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Ainsi, les divergences qui engourdissent l\u2019Union Europ\u00e9enne ne sont pas sans \u00e9voquer le manque d\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe de salari\u00e9s r\u00e9compens\u00e9s pour leur performance individuelle ou les laborieuses synergies entre <em>Business Units<\/em> simultan\u00e9ment rivales et partenaires. Comme il n\u2019est pas inutile de conna\u00eetre le point de vue de ceux qui ont consacr\u00e9 leur vie \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ces questions, appliquons au contexte europ\u00e9en quelques principes g\u00e9n\u00e9ralement admis. Examinons donc les chances de r\u00e9ussite d\u2019un grand bond en avant europ\u00e9en, malgr\u00e9 les r\u00e9sistances pr\u00e9visibles de certains Etats \u00e9go\u00efstes mais rationnels, qui n\u2019ont aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 mutualiser leurs recettes fiscales et tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 continuer \u00e0 exploiter les efforts coop\u00e9ratifs des autres membres.<\/p>\n<p>Le premier moyen connu pour obtenir des comportements coop\u00e9ratifs d\u2019acteurs aux motivations mixtes de comp\u00e9tition et de collaboration est le recours \u00e0 une autorit\u00e9 centrale, qui arbitre et qui impose. Cette voie para\u00eet peu r\u00e9aliste car elle supposerait, ou des abondons volontaires et massifs de souverainet\u00e9 nationale au profit de la Commission Europ\u00e9enne, ou une conqu\u00eate du pouvoir de type napol\u00e9onienne et son maintien dans la dur\u00e9e gr\u00e2ce une id\u00e9ologie totalitaire.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me possibilit\u00e9 recens\u00e9e en l\u2019absence d\u2019une autorit\u00e9 centrale coercitive, la coop\u00e9ration peut d\u00e9couler d\u2019une combinaison d\u2019aspirations partag\u00e9es, d\u2019incitations et de contr\u00f4le mutuel. Et cela d\u2019autant plus facilement que le groupe est de petite taille et p\u00e9renne dans la dur\u00e9e. L\u2019Union Europ\u00e9enne rentre clairement dans ce deuxi\u00e8me cas de figure. Plusieurs facteurs doivent \u00eatre r\u00e9unis pour que ce type d\u2019association librement consentie puisse fonctionner, mais son pr\u00e9alable est l\u2019existence d\u2019un but sup\u00e9rieur, partag\u00e9 par l\u2019ensemble des parties prenantes. Le premier but sup\u00e9rieur commun europ\u00e9en, auxquels ont \u00e9t\u00e9 subordonn\u00e9s les int\u00e9r\u00eats nationaux, a \u00e9t\u00e9 de cr\u00e9er un espace de libre circulation des biens, des capitaux et des personnes ; le deuxi\u00e8me a \u00e9t\u00e9 de cr\u00e9er une monnaie commune p\u00e9renne. Ces buts ont \u00e9t\u00e9 atteints, m\u00eame si les renflouements de la Gr\u00e8ce, du Portugal, de l\u2019Irlande et de Chypre, dans le sillage de la grande crise de 2008, ne se sont pas faits sans douleur. Ces vicissitudes ayant \u00e9t\u00e9 (partiellement) surmont\u00e9es, beaucoup de pays membres se satisfont de l\u2019existant et n\u2019envisagent pas de se doter d\u2019un nouvel objectif commun plus ambitieux.<\/p>\n<p>Avec la fougue et l\u2019id\u00e9alisme de la jeunesse, le Pr\u00e9sident fran\u00e7ais tente cependant d\u2019entra\u00eener ses partenaires vers davantage d\u2019harmonisation, de solidarit\u00e9 et de convergence\u00a0; autrement dit, davantage de centralisation. Ces perspectives ne suscitent gu\u00e8re d\u2019enthousiasme, notamment chez ceux qui sont cens\u00e9s \u00eatre \u00e0 l\u2019avant-garde de cette Europe r\u00e9nov\u00e9e. Les Allemands h\u00e9sitent entre commis\u00e9ration et agacement. Emmanuel Macron est en couverture de <em>Der Spiegel<\/em> avec cette citation ironique, qui en deux phrases tir\u00e9es de leur contexte, d\u00e9peignent un personnage vaniteux et m\u00e9prisant l\u2019opinion d\u2019autrui : \u00ab\u00a0Je ne suis pas arrogant\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Je dis et fais ce que je veux\u00a0\u00bb. Du point de vue des Allemands et m\u00eame si ceux-ci n\u2019ont gu\u00e8re de le\u00e7ons \u00e0 donner en la mati\u00e8re, n\u2019y a-t-il pas une forme d\u2019outrecuidance \u00e0 faire passer l\u2019int\u00e9r\u00eat financier de la France pour l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Union et l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019Allemagne\u00a0?<\/p>\n<p>Il faut reconna\u00eetre que les arguments en faveur d\u2019une int\u00e9gration plus pouss\u00e9e ne sont pas totalement convaincants. Dans le raisonnement avanc\u00e9, il n\u2019y a aucun but sup\u00e9rieur commun qui s\u2019imposerait avec \u00e9vidence \u00e0 tous les pays membres, qui transcenderait leurs int\u00e9r\u00eats nationaux et qui leur ferait accepter de mettre en commun, comme le pr\u00e9conise Emmanuel Macron, les recettes de l\u2019imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s. Les chiffons rouges que celui-ci agite pour justifier de passage \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure sont en effet per\u00e7us soit comme des non-menaces (la Chine et les Etats-Unis sont non seulement de bons partenaires commerciaux avec lesquels certains pays d\u00e9gagent de confortables exc\u00e9dents, mais les Etats-Unis sont le pilier de la d\u00e9fense europ\u00e9enne), soit comme pouvant \u00eatre trait\u00e9es dans le cadre actuel (terrorisme, migration, r\u00e9chauffement climatique,\u2026). Peut-\u00eatre avec le secret espoir que ses interlocuteurs n\u2019y verront que du feu, Emmanuel Macron se garde bien de mentionner le principal p\u00e9ril qui menace l\u2019Union Europ\u00e9enne\u00a0: la d\u00e9flagration de la zone euro cons\u00e9cutive \u00e0 un d\u00e9faut de paiement d\u2019un des pays de l\u2019Europe du Sud (au premier rang desquels l\u2019Italie).<\/p>\n<p>Les Allemands ne sont pas dupes. Ils campent sur les positions qu\u2019ils tiennent invariablement depuis Maastricht et refusent de financer la fonction publique pl\u00e9thorique et les syst\u00e8mes de protection sociale dispendieux de leurs voisins. Dans cet esprit, les crises qui pourraient survenir et qui menaceraient la survie de l\u2019euro seraient trait\u00e9es au cas par cas et non par des m\u00e9canismes syst\u00e9matiques de mutualisation des dettes et des budgets. D\u2019ailleurs, si Emmanuel Macron appliquait l\u2019harmonisation fiscale et sociale qu\u2019il r\u00e9clame \u00e0 ses partenaires, la France qui est championne de l\u2019OCDE des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, pourrait \u00e9conomiser au moins 7 % de PIB, juste en s\u2019alignant sur la moyenne europ\u00e9enne. Bref, la vision fran\u00e7aise d\u2019une Europe solidaire a peu de chance de s\u2019imposer comme le nouveau credo europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Enfin, troisi\u00e8me ressort possible, quand on ne peut ni imposer, ni persuader au nom d\u2019un int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur, les liens. L\u2019envie de coop\u00e9rer peut r\u00e9sulter de la proximit\u00e9 ressentie ou du d\u00e9sir de r\u00e9ciprocit\u00e9, qui fait qu\u2019apr\u00e8s avoir re\u00e7u un don, on se sent oblig\u00e9 de rendre l\u2019aide ou les cadeaux re\u00e7us. Ces strat\u00e9gies relationnelles fonctionnent g\u00e9n\u00e9ralement bien dans les entreprises verticales. L\u2019amiti\u00e9 des chefs descend en cascade le long de la ligne hi\u00e9rarchique, notamment parce que les r\u00e9calcitrants sont \u00e9vinc\u00e9s. Le contexte d\u00e9mocratique diminue cependant s\u00e9rieusement la port\u00e9e des liens personnels : les chefs ont des comptes \u00e0 rendre \u00e0 leurs concitoyens et ils ne peuvent pas se d\u00e9barrasser de leurs contradicteurs. Il serait donc assez surprenant que les efforts de s\u00e9duction de la chanceli\u00e8re par le jeune Macron, la glorification de l\u2019amiti\u00e9 franco-allemande, ou les offrandes de fleurons industriels de type Alstom d\u00e9lient soudainement les cordons de la bourse allemande.<\/p>\n<p>Au total, le sc\u00e9nario le plus probable est que le Pr\u00e9sident fran\u00e7ais sauve la face en obtenant des avanc\u00e9es sur les initiatives compatibles avec le <em>statu quo<\/em> (terrorisme, \u00e9nergie, d\u00e9fense, r\u00e9chauffement climatique, transition num\u00e9rique) mais qu\u2019il essuie une fin de non-recevoir sur les sujets les plus \u00e9pineux. Or chaque jour qui passe diminue la marge de man\u0153uvre de la France et voit les d\u00e9ficits se creuser. In\u00e9vitablement le moment viendra o\u00f9 les march\u00e9s commenceront \u00e0 douter s\u00e9rieusement de la capacit\u00e9 de la France et des autres pays de l\u2019Europe du Sud \u00e0 rembourser leurs dettes. L\u2019\u00e9clatement de cette crise financi\u00e8re n\u00e9cessitera une intervention du M\u00e9canisme Europ\u00e9en de Stabilit\u00e9, qui aura alors toute latitude pour mettre la France sous tutelle financi\u00e8re, avec en premi\u00e8re ligne de mire les plus de 60 ans, qui repr\u00e9sentent 24% de la population fran\u00e7aise mais mobilisent 72% des d\u00e9penses de s\u00e9curit\u00e9 sociale, c\u2019est-\u00e0-dire 18% du PIB.<\/p>\n<p>Un autre sc\u00e9nario envisageable, mais peu plausible dans l\u2019imm\u00e9diat, est une sortie de l\u2019Union Europ\u00e9enne. Il supposerait que la majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais euro-sceptiques parviennent \u00e0 se mettre d\u2019accord sur un leader, qui les rassemble au-del\u00e0 de leurs divergences id\u00e9ologiques.<\/p>\n<p>Le champ des possibles \u00e9tant rarement binaire, il y a certainement des options interm\u00e9diaires \u00e0 inventer. Un sc\u00e9nario alternatif pourrait, par exemple, consister \u00e0 cr\u00e9er une communaut\u00e9 de pays au sein de l\u2019UE qui b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019un r\u00e9gime de sauvegarde exceptionnel, un peu comme les entreprises en difficult\u00e9 demandent \u00e0 \u00eatre plac\u00e9es en redressement judiciaire. Ce groupement de pays aurait pour objectif commun le retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre de leur balance commerciale et pourrait s\u2019affranchir partiellement et temporairement des r\u00e8gles europ\u00e9ennes. Ce statut hybride, dans l\u2019UE \u00ab\u00a0et en m\u00eame temps\u00a0\u00bb hors de l\u2019UE, pr\u00e9senterait l\u2019immense avantage de pouvoir appliquer les m\u00eames recettes non lib\u00e9rales, qui ont permis \u00e0 la poign\u00e9e de grands pays \u00e9mergents (le Japon, la Cor\u00e9e et la Chine) de rattraper les pays d\u00e9velopp\u00e9es. Cela \u00e9pargnerait aux Fran\u00e7ais la saign\u00e9e lib\u00e9rale des coupes drastiques dans les d\u00e9penses publiques qui ne manqueraient pas de provoquer un effondrement du PIB et des capacit\u00e9s \u00e0 pr\u00e9parer le futur. Pour cela, il faudrait bien entendu que la France adopte une posture diff\u00e9rente et admette la d\u00e9tresse de sa situation.<\/p>\n<p><em>V\u00e9ronique Nguyen, le 25\/10\/2017<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois mois apr\u00e8s avoir d\u00e9missionn\u00e9 du gouvernement en ao\u00fbt 2014, Arnaud Montebourg suivait un programme MBA court \u00e0 l\u2019INSEAD. Au-del\u00e0 de l\u2019anecdote, la formation exigeante mais souvent litt\u00e9raire, juridique ou administrative de nos gouvernants interpelle. 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