{"id":904,"date":"2016-02-15T20:07:21","date_gmt":"2016-02-15T19:07:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.veroniquenguyen.com\/?p=904"},"modified":"2017-03-13T12:00:06","modified_gmt":"2017-03-13T11:00:06","slug":"le-droit-dasile-a-lepreuve-des-chiffres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.veroniquenguyen.com\/en\/le-droit-dasile-a-lepreuve-des-chiffres\/vero\/15\/02\/2016\/","title":{"rendered":"Le droit d\u2019asile \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des chiffres"},"content":{"rendered":"Les Danois, comme les Suisses et depuis peu les Allemands dans certains L\u00e4nder, ont annonc\u00e9 qu\u2019ils allaient confisquer tous les biens des r\u00e9fugi\u00e9s au-del\u00e0 d\u2019un seuil compris entre 350 et 1.340 euros. Cette mesure serait justifi\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de couvrir les co\u00fbts d\u2019accueil et d\u2019int\u00e9gration, dont le montant, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 estim\u00e9, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9. L\u2019accueil des migrants suscite de nombreuses pol\u00e9miques, rarement \u00e9tay\u00e9es par des analyses chiffr\u00e9es. Pourtant les enjeux financiers de l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s, tous comme ceux de la protection sociale, m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre pos\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le cas fran\u00e7ais, l\u2019INSEE publie des donn\u00e9es auxquelles il est ais\u00e9 d\u2019appliquer des notions \u00e9l\u00e9mentaires de comptabilit\u00e9 analytique. Les d\u00e9penses publiques se sont \u00e9lev\u00e9es en 2012 \u00e0 1.151 milliards, ce qui ramen\u00e9 \u00e0 la population fran\u00e7aise de 65,2 millions de personnes, nous donne un co\u00fbt annuel de 17.644 euros par habitant. Compte tenu de l\u2019esp\u00e9rance de vie des hommes de 79 ans et de celle des femmes de 85 ans, chaque fran\u00e7ais aura, en moyenne, consomm\u00e9 au cours de sa vie 1,45 million d\u2019euros de services publics et de transferts sociaux (si les niveaux de 2012 devaient se maintenir).<\/p>\n<p>Ce co\u00fbt complet de 17.644 euros peut se d\u00e9composer en un co\u00fbt variable et un co\u00fbt fixe. La partie variable correspond \u00e0 toutes les prestations sociales qui varient proportionnellement au nombre d\u2019habitants\u00a0: \u00e9ducation, sant\u00e9, vieillesse, famille. Le co\u00fbt fixe repr\u00e9sente le socle de services publics\u00a0: s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9fense, administration, culture, justice\u2026, dont le montant est relativement ind\u00e9pendant du nombre de citoyens, ou du moins sur lequel on peut esp\u00e9rer observer un effet de levier op\u00e9rationnel, c\u2019est-\u00e0-dire une hausse beaucoup plus faible que la progression de la population.<\/p>\n<p>En premi\u00e8re approximation, le co\u00fbt variable peut \u00eatre assimil\u00e9 au co\u00fbt des Administrations de S\u00e9curit\u00e9 Sociale plus le co\u00fbt de l\u2019enseignement, soit 9.637 euros par an et par habitant et le co\u00fbt fixe au co\u00fbt de l\u2019Etat et des Administrations Publiques locales, soit 8.007 euros par an et par habitant. Supposons, d\u2019une part, que cette partie fixe soit r\u00e9ellement fixe, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019Etat et les collectivit\u00e9s locales absorbent un accroissement mod\u00e9r\u00e9 de la population, sans augmenter leurs effectifs ou leurs moyens et que d\u2019autre part, les caract\u00e9ristiques d\u00e9mographiques des r\u00e9fugi\u00e9s soient proches de celles de la population fran\u00e7aise. Le co\u00fbt marginal d\u2019un r\u00e9fugi\u00e9 serait alors \u00e9gal au co\u00fbt variable, soit 9.637 euros par an.<\/p>\n<p>Or, la deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se est visiblement erron\u00e9e. La population des r\u00e9fugi\u00e9s est beaucoup plus jeune que la population fran\u00e7aise. Pour ne parler que du cas syrien, qui n\u2019est pas le pays arabe \u00e0 la d\u00e9mographie la plus explosive, la part des moins de 25 ans dans la population est de 53%, tandis que la proportion des plus de 65 ans n\u2019est que de 4%. Inversement, les plus de 60 ans repr\u00e9sentent, en France, 24% de la population et ils absorbent \u2026.72% des d\u00e9penses de s\u00e9curit\u00e9 sociale, soit \u2026..18% du PIB\u00a0! En 2012, les d\u00e9penses de s\u00e9curit\u00e9 sociale (hors charges de fonctionnement) se sont en effet \u00e9lev\u00e9es \u00e0 515 milliards d\u2019euros. Les plus de 60 ans ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la totalit\u00e9 des 289 milliards distribu\u00e9s au titre des retraites et de 46% des frais pris en charge par l\u2019assurance maladie, soit 81 milliards (calculs effectu\u00e9s \u00e0 partir des donn\u00e9es de l\u2019\u00e9tude de France Strat\u00e9gie, janvier 2016, n\u00b037). Si l\u2019on d\u00e9duit ces 370 milliards de notre base initiale de co\u00fbts variables, le co\u00fbt marginal d\u2019un r\u00e9fugi\u00e9 pour la collectivit\u00e9 serait donc plut\u00f4t proche de 3.898 euros par an.<\/p>\n<p>Quelles recettes mettre en face de ces d\u00e9penses publiques suppl\u00e9mentaires\u00a0? Les principales ressources de la protection sociale sont les cotisations salariales et patronales ainsi que la CSG, toutes assises sur les salaires. Avec un taux de charge de s\u00e9curit\u00e9 sociale grevant les salaires bruts d\u2019environ 43%, les 3.898 euros de co\u00fbt marginal correspondent \u00e0 une r\u00e9mun\u00e9ration annuelle de 9.066 euros, soit 50% de moins que le SMIC de 2012 et 74% de moins que le salaire moyen de 2012. Si tous les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9taient en \u00e2ge de travailler et s\u2019ils trouvaient un emploi, ils pourraient donc largement couvrir leurs d\u00e9penses sociales.<\/p>\n<p>La question des r\u00e9fugi\u00e9s nous renvoie ainsi aux probl\u00e9matiques lancinantes du ch\u00f4mage et du d\u00e9ficit public. Le taux de ch\u00f4mage actuel de 10,6% ne peut que nous faire douter de la capacit\u00e9 de la France \u00e0 fournir un travail \u00e0 tous les nouveaux venus. Le d\u00e9ficit d\u00e9raisonnable des d\u00e9penses publiques ne laisse ensuite aucune marge de man\u0153uvre, pour financer le d\u00e9s\u00e9quilibre probable entre le nombre de r\u00e9fugi\u00e9s imm\u00e9diatement employables et ceux qui ne le sont pas. Rappelons que pour l\u2019ann\u00e9e 2012, le d\u00e9ficit des d\u00e9penses publiques repr\u00e9sentait 4,8% du PIB, soit 9,3% des recettes publiques\u00a0! L\u2019\u00e9chec patent du programme de stabilit\u00e9 2013-2017, qui pr\u00e9voyait de ramener ce d\u00e9ficit \u00e0 0,7% du PIB en 2017, tout comme les efforts vains pour \u00ab\u00a0inverser la courbe du ch\u00f4mage\u00a0\u00bb montrent que la nation fran\u00e7aise n\u2019a pas les moyens de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et qu\u2019elle n\u2019est pas pr\u00eate de les avoir.<\/p>\n<p>Les solutions \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de millions de migrants fuyant la pauvret\u00e9 et la guerre, ne peuvent pas \u00eatre trouv\u00e9es au sein des Etats, dont le mod\u00e8le \u00e9conomique et social est au bord de l\u2019implosion. Les flux migratoires d\u00e9passent les ressources des pays d\u2019accueil, qui sont surendett\u00e9s et de surcro\u00eet en rivalit\u00e9 fiscale et sociale, les uns avec les autres, pour attirer les entreprises et les capitaux. Seule une r\u00e9ponse coordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelon international, par le biais d\u2019une hausse et une harmonisation des taux d\u2019imposition ou l\u2019instauration d\u2019une taxe Tobin universelle, permettra d\u2019\u00e9viter les d\u00e9sastres humanitaires en cours et en pr\u00e9paration.","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Danois, comme les Suisses et depuis peu les Allemands dans certains L\u00e4nder, ont annonc\u00e9 qu\u2019ils allaient confisquer tous les biens des r\u00e9fugi\u00e9s au-del\u00e0 d\u2019un seuil compris entre 350 et 1.340 euros. 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